• 9 mars

Du premier poteau au duel : changer de repère pour agir

Sur un tir d’aussi près, le duel sera toujours gagné par le tireur, parce que le gardien se met en crise de temps pour agir, parce qu’il agit après l’adversaire sans prendre des informations - au préalable à la situation du tireur. Ces informations vont l’aider à prédire le secteur de tir possible. De cette prédiction, il va ainsi changer le fait d’agir en mode réactif/passif après le tireur (chose inévitable ou presque), en prise de décisions adaptées au contexte dans lequel se trouve la balle en mode utilisant un mode de jeu plus actif.

1-       Faire comprendre que le tir à l’aile est un véritable duel.

2-       Commencer à créer un cadre décisionnel simple pour le gardien.

3-       Relier ce duel aux différents modes de jeu

La séance de la semaine dernière a apporté quelques modifications.

Au cours de la première semaine, l’objectif pour mon gardien était de mieux comprendre sa gestion du positionnement sur les tirs à l’aile. Il se positionné seulement pour tenir fermer le premier poteau. Nous avions commencé par un jeu de miroir autour d’un objet à protéger pour construire l’axe adversaire/but.

Puis par une situation de duel à l’aile à l’avantage de mon gardien en schématisant les secteurs de tirs à l’aile. Grâce aux débriefings entre chaque situation, mon gardien a appris à identifier les situations où rester collé au premier poteau est pertinent, mais aussi à adapter sa posture en fonction de l’angle du tir.

Cette approche a permis d’amorcer une réflexion sur les habitudes de jeu, ses stéréotypes de jeu et la prise de décision, tout en favorisant l’expérimentation et l’échange.

 Cette première semaine, de construction des premiers repères de placement à l’aile, était indispensable pour permettre à mon gardien d’enchainer cette deuxième semaine basée sur l’entrée dans le duel.

 Mon gardien ne prend plus de but au premier poteau quand il est en position d’avantage. Il avait déjà ce placement dans sa boite à outil. Son attitude corporelle montre qu’il veut prendre le plus de place possible, mais elle ne le protège pas des tirs en force sur le corps et proche des zones douloureuses et molles – qui créer souvent l’émergence de comportement de peur rédhibitoire. La souplesse permet de mieux amortir la balle et de mieux pouvoir se protéger plus vite. Il n’a pas besoin de relâcher les muscles tendus pour les retendre par la suite.

Il se déplace pour prendre plus de place devant le tireur. Il montre une volonté de gêner le tireur et de mettre plus de surface de son corps face au tireur. Il comprend qu’en faisant cela il aura plus de chance de rendre le choix du tir plus difficile chez le tireur.

Il accepte de jouer loin du poteau. Il accepte de se mettre en danger (selon sa construction stratégique) loin de son poteau de référence. En faisant cela, il met en place les bases de son entrée dans un duel avec les ailiers. Il montre qu’il ne veut pas subir.

Il se déplace latéralement pour venir intercepter le tireur. Cependant, le repère de déplacement n’est pas encore efficace. Il est encore en mouvement au moment du tir. Ce qui est limitant dans le choix des membres qui peuvent intervenir au moment du tir, limitant dans la disponibilité mentale et informationnelle et limitant dans le temps de réaction pour agir sur la trajectoire du ballon.

Il commence à se décoller du premier poteau, pour se placer entre le tireur et le centre du but.

Bien sûr, il prend toujours des buts à l’aile. Et aux deux poteaux. Mais il fait plus d’arrêts à l’aile sur les tirs ouverts.

L’essentiel, pour le moment, c’est qu’il commence à passer de passif réactif à actif duelliste.

En construisant, des savoir-faire qui le place loin du premier poteau, cela lui permet de développer une confiance à l’aile et des doutes sur son jeu avec le premier poteau (affectif).

Le premier poteau était l’objet avec lequel il a construit sa confiance, c’est un repère solide, visible et facile à appréhender.

Mais c’est aussi l’objet avec lequel il a construit ses doutes sur ce secteur de tir très difficile techniquement et cognitivement :

-            Techniquement, jouer à l’aile demande un engagement fort dans le duel avec l’ailier, par un placement fin et précis, la capacité à naviguer entre différentes intentions de jeu.

-            Cognitivement, car cela demande une forte concentration pour prendre rapidement toutes les informations préalables au futur duel (le jeu), pendant le duel (les temps) et en fin de duel (le tir).

Rester près de son objet de confiance, l’a amené à mettre en place un mode de jeu passif/réactif.

Donc, mon problème !

Comment faire en sorte que mon gardien se place mieux et rentre le plus tôt possible dans le duel avec l’ailier. « De changer le repère pour agir ». Mettre du sens à son placement.

Actuellement, il agit encore au moment où la balle quitte la main sans forcément se dire qu’il peut exercer une influence sur le tireur.

Sur un tir d’aussi près, le duel sera presque toujours gagné par le tireur, le gardien se met en crise de temps pour agir, parce qu’il agit après l’adversaire sans prendre les informations de la situation du tireur.

Ces informations vont l’aider à « prédire » le secteur de tirs possibles (faire des hypothèses plus pertinentes).  

(travail de la semaine 4).

En filtrant plusieurs éléments, il va ainsi changer le fait d’agir en mode réactif/passif après le tireur (chose inévitable ou presque), en prise de décisions adaptées au contexte dans lequel se trouve la balle en mode utilisant un mode de jeu plus actif.

Il agira donc en miroir au contexte dans lequel se trouve la balle.

Pas de problème, je repars avec la situation de la semaine, mais avec des repères de placement visible par le gardien, pour construire des repères invisibles (visualisation de l’espace arrière) utiles en situations réelles.

 
Avant le lancement de la première situation, je prends le temps pour des petites explications avec mon gardien : « Tu peux utiliser les lamelles devant toi pour définir un placement que tu auras face à chaque secteur de tir » « Attends, je les mets où ? » « Tu essayes de les placer entre le tireur et toi, mais toujours pour protéger les objets au centre du but » « D’accord, j’ai compris, attend je les mets en place. »

« C’est bon, on peut y aller. »

La première série de tir se passe bien, le gardien expérimente avec ses objets de construction de repères. Les joueurs sont plus à l’aise aussi du coup, et marque plus de but que la semaine précédente.

Stop - débrief :

« Alors ? » « Bin, je me place par rapport à mes lamelles, mais je trouve que je prends trop de buts » « Ah bon, tu as une idée pourquoi ? » « J’avance trop, ils me lobent ou ils marquent premier poteau » « D’accord, tu avances trop, peut-être que tu peux aussi utiliser les lamelles comme limite à ne pas dépasser pour ne pas avancer de trop ? » « Ouais, pas bêtes » « Et pour les tirs au premier poteau, et même au deuxième poteau, tu agis comment ? » « Bin, j’essaie d’arrêter les tirs » « Ok, c’est ma faute, quel est ton état d’esprit ton envie ? » « Bin, j’ai envie d’arrêter les ballons, mais c’est dur » « D’accord tous les gardiens ont envie d’arrêter les tirs, mais imagine que tu fasses de la boxe, les matchs de boxe ça se passe comment ? » « Bin, les gars, ils sont face à face et ils se tapent dessus et ils essayent de jouer avec le boxeur en face d’eux pour mettre des coups et les éviter » « Ok, ils sont face à face en duel et ils jouent l’un avec l’autre, tu es d’accord ? »

« Et toi, tu es comment dans ton duel face aux tireurs ? » « Bin, j’attends le tir » « Ok, mais regarde (je dessine sur ma tablette tactique l’axe balle/but, sa position et les choix qu’il reste aux tireurs.). Tu vois, tu te places en face de lui, ça devient un duel maintenant, c’est comme un combat de boxe, il faut jouer avec ses stratégies. Si tu es là, le tireur peut tirer où ? Tu peux provoquer quoi comme tir chez le tireur ? »

Je le laisse réfléchir et je relance la situation sans avoir ses avis.

Je ne veux pas que mon gardien s’installe dans les choix qu’il m’aura expliqué

Parce qu'il voudra peut-être rendre efficaces ses explications pour, soit me faire plaisir, soit me montrer que ses choix sont les bons, soit se montrer que ses choix sont les bons et qu’il fige des stéréotypes nouveaux et perdent confiance.

Fin de la deuxième série. Débrief :

« Alors, tu as changé quoi ? » « Bin, j’ai essayé de fermer le premier poteau quand l’angle était trop ouvert et que le premier poteau était trop loin de moi et j’ai fait des arrêts » « Tu as fait des arrêts comment en levant juste une jambe, en te déplaçant ou anticipant le tir ? Tu as regardé quoi chez le tireur ? » « Euh, bin juste s’il avait trop d’angle, maintenant les gars tirent plus souvent au premier poteau » « Ok ça me va ? C’est un début de stratégie. En gros, tu lui as laissé un espace ouvert pour le fermer, tu as provoqué le tir parce que tu as compris qu’ils tirent plus souvent à cet endroit quand tu te places là ? C’est ça ? » « Euh oui » « Donc tu deviens plus acteur que spectateur, c’est cool »

« On recommence rapidement, mais je veux que tu regardes l’endroit d’où ils partent et où ils tirent le plus souvent et où ils ne peuvent pas tirer selon leurs points de départ » « Ok. »

Fin de la petite série. Débrief :

« Alors tu as vu quoi ? » « Bin quand ils partent du point de corner, ils ont du mal aller loin au deuxième poteau, quand ils partent de plus près, ils y arrivent, ... Quand ils partent de la touche en face du poteau, ils sautent un peu plus vers moi, et quand ils partent des 9 mètres ils sautent soit vers le poteau soit vers le haut ils ont plus de mal à tirer au deuxième, après j’ai pris des buts parce que je suis mal placé » « Ah bon, pourquoi ? » « Bin quand ils sautent depuis le point de corner, je dois rester plus au premier poteau sauf quand c’est Quentin qui a beaucoup de jump, je dois plus me déplacer » « Donc, tu vas plus jouer avec les tireurs ? Vu que tu les as compris selon leurs courses » « On essaye ? » « Ok »

Pour finir l’explication ; mon gardien s’est mieux placé sur la troisième répétition, il réussit à mieux appréhender les tireurs et leurs choix de tirs possibles selon le saut.

Il a pris des buts parce qu’il manque encore d'expérimentation avec ses nouveaux outils, mais il est passé sur cette séance d’un mode de jeu anticipateur au mode de jeu fermeture/anticipation. Avec des prémices de provocation.

C’est encourageant, il change est à commencer à poser les bases de son esprit de duel. Il agit en tenant compte du tireur et plus seulement de deux objets fixes (les poteaux).

Lors de la séance de vendredi, on a refait cette situation, avec plus de pas pour les tireurs. La situation était plus difficile pour mon gardien, plus de crédit d'action chez les joueurs égal plus de vitesse pour sauter plus loin et plus longtemps. Mais le résultat de la séance de vendredi, lui a permis de comprendre qu'il était trop pressé de gagner le duel.

Il s’est mis à se placer plus vite, mais pas forcément assez loin, il est plus actif, en mode anticipateur.

Il commence à prédire les tirs possibles et à vouloir se situer par rapport à ceux-ci.

Pour le moment, il agit trop tôt (il anticipe), parce que les situations précédentes avaient permis au gardien de se construire dans la faciliter.

1-       Faire comprendre que le tir à l’aile est un véritable duel

Grâce à ces deux situations, mon gardien est passé en mode actif par rapport à la semaine 1.

Il restait face aux tireurs à attendre le tir pour faire son arrêt. Il réagissait seulement au moment où le tireur lâchait le ballon.

Il était seulement en mode réaction / anticipation.

Il était donc dans un duel passif dans un premier temps.

En revanche, il a changé son placement face aux tireurs, il se met en confrontation directe avec le tireur, son comportement influence directement le tireur.

Cette semaine, il a compris que ses choix de placement, avaient une importance directe sur les choix des tireurs. Il a commencé à comprendre que dans son duel à l’aile, il doit s’adapter au secteur de saut du tireur avant le duel et le tir. Cette prise d’information, l’aide pour se préparer aux conditions du duel qu’il va jouer.

Il a surtout mis en place une prise d’information autre que la balle.

Son duel qui était un objet et à un instant. Il était en réaction/projection.

Son action commence à devenir plus complexe, son duel se joue avec un adversaire à un instant qui tient un objet. Il joue en fermeture/ anticipation.

Il se place directement face aux tireurs, il prendre remplit le champ visuel du tireur.

Il joue une confrontation en face-à-face et plus seulement pour tenir un espace fermé de manière passive. En se plaçant intentionnellement devant le tireur, il s’engage dans le duel, il se met en jeu.

Mon gardien, joue des duels face aux tireurs. Il remplit son jeu, d’intentions qui lui sont adaptées. Il a pris conscience de SES « choix »

Pour le moment, le volume de son jeu à l’aile est faible. Il contient un placement par rapport à une course.

2 -          Commencer à créer un cadre décisionnel simple pour le gardien.

Le fait de lui mettre les marques au sol devant lui, a permis de faire un lien cognitif, entre ce qu’il avait commencé à mettre en place la semaine passée, en essayant de se placer par rapport à des objets qui se trouvait dans son dos et en s’alignant entre les tireurs et le centre du but (en se décollant du poteau pour découvrir son jeu dans la zone).

Les marques devant lui, ont fait la connexion visuelle entre devant lui - le tireur - et l’arrière - le centre du but - pour définir un socle de base permettant à mon gardien d’entrer de manière active et stratégique (sans qu’il ne s'en rende vraiment compte) dans le duel avec un ailier.

Il est entré dans une vraie confrontation directe où il se permet de prendre des initiatives face à un adversaire direct. Comment l’expliquer, tout se situe dans son regard. A la lueur dans le regard.

Avant de commencer ce cycle pour faire progresser mon gardien sur les tirs à l’aile, celui-ci avait une posture passive avant le tir:

  • son regard était fixé uniquement sur le ballon : son attention était réactive, il attendait que l’information arrive pour agir.

  • Son regard était fixe sur le résultat du choix du tireur. De ce fait son langage corporel était aligné sur son intention visuelle.

  • Il était statique, ses membres proches de son corps (fermé) ou hypertension (stressé).

  • Résultat, il partait après le tir et subissait la décision du tireur ; son regard disait implicitement : « Je réagirai quand ça arrivera. »

Maintenant, il a une posture plus active, mon gardien utilise un regard mobile et structuré :

  • Il observe l’espace dont dispose le bras du tireur, pour se mettre face à lui.

  • Son attention est anticipatrice ; il est déjà en action avant même le tir et exerce une pression psychologique qui peut faire douter l’attaquant.

  • Son regard dit pour le moment : « Je te gêne et je te force à hésiter. »

Il décide de se placer face aux tireurs, il décide de quelle manière il va stopper les tirs.

Décider à l’aile pour mon gardien commence à devenir pour lui, un facteur de ses performances, grâce auquel il commence à développer des stratégies.

Durant ces deux semaines, il n’a pas eu une seule fois cette charge mentale de se dire qu’il était nul à l’aile.

Décider, lui donne la possibilité de faire par lui-même, de prendre les commandes du jeu quand il est au centre du duel avec SES outils.

Il est mis plus en lumière parce qu’il fait des choix de placement. Mais le poids du but n’est plus :

  • « Ne pas faire ou ne pas prendre »

    Mais s’allège pour devenir

  • « Je fais parce que si je veux jouer un duel, il faut que je participe activement à celui-ci, et on verra parce que j'ai mes outils ».

Le stress dépend de ses choix et de la confiance que je place en lui pour qu’il joue son jeu. Comme je le fais avec mes joueurs qui jouent leurs jeux et pas le mien.

3 - Relier ce duel aux différents modes de jeu disponible aujourd’hui.

Du coup, en devenant plus acteur dans ce duel rapproché, mon gardien va expérimenter, va construire, ses certitudes.

Cependant, il peut aussi arriver qu’il essaye tout et n’importe quoi. Ce n’est pas grave. Il faut juste le cadrer par rapport aux repères donnés pendant la situation.

En revanche, ce qui devient intéressant pour tout le monde, c’est qu’il avance dans ses modes de jeu.

Bon un mode de jeu, c'est quoi ?

Il y a des définitions toutes faites, toutes prêtes. Il y a surtout des modes de jeu et des intentions de jeu chez le gardien de but. Pour ma part, j’ai mes définitions et je les relie aux intentions que je vois chez le gardien.

Nous verrons cela en semaine 4 et une nouvelle page de blog.

Je vous les partage, ici partiellement. Mais il faut les appréhender de manière ouverte.

Pourquoi ? Parce dès l’instant où on met en place pour le gardien de but, un travail qui ouvre le champ de son regard sur le jeu. Celui-ci dispose de différente manière d’intervenir pour stopper un ballon selon le contexte de jeu du ballon (comme nous le ferions, en nous déplaçant d’un point à un autre où nous pourrions osciller entre : en ramper, flâner, marcher, trottiner, courir ou sprinter), et ne peut donc pas être enfermé dans un mode de jeu exclusif.

 En attendant, mon gardien adapte des intentions de jeu : fermer de manière active le premier poteau, protéger le but face aux tireurs.  

Pendant cette séance, juste en le questionnant, mon gardien est donc passé sans le vouloir consciemment d’un mode fermeture – réaction- anticipation (vu à la séance 1) à un mode de jeu plus proche de la fermeture- provocation- anticipation.

Il l’a construit lui-même, juste en se fiant à deux repères matériels et un repère de course que la situation lui a donnée.

Comment il l’a fait ? en changeant ses intentions de placement. En acceptant de prendre des buts partout, avec une attitude plus adaptée à la situation de jeu et en commençant à devenir un sportif de duels.

Maintenant, qu'il se déplace, qu'il commence à jouer son jeu. A-t-il les armes pour enchaîner les duels ?

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